Gaston Couté, poète libertaire

Posté par evelynej le 16 juin 2009

Samedi soir, j’ai assisté à la représentation du spectacle préparé par des copains à partir des textes de Gaston Couté.

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Une occasion de vous présenter ce poète et de vous donner à lire quelques uns de ses textes.

Gaston Couté, né à Beaugency le 23 septembre 1880, mort à Paris 10e le 28 juin 1911, est un poète libertaire et chansonnier français.

Biographie 

Il était fils d’un meunier. Il quitta l’école, qu’il s’était mis à détester à l’adolescence, avant le baccalauréat. Il fut alors commis auxiliaire à la Recette générale des impôts d’Orléans, puis travailla pour un journal local, Le Progrès du Loiret. Il commença à publier ses poèmes dans des feuilles locales, et à en composer en patois. Il les fit entendre à une tournée d’artistes parisiens de passage. Ayant reçu quelques encouragements, il se décida, en 1898, à monter à Paris. Il avait dix-huit ans.

Après quelques années de vaches très maigres, il y obtint un certain succès à réciter ses poèmes dans les cabarets. Il collabora à la revue La Bonne Chanson de Théodore Botrel. On peut dire qu’il représentait une version rurale de Jehan-Rictus, lequel l’avait aidé à ses débuts. Il écrivait également des chansons d’actualités pour des journaux anarchistes La Barricade et surtout La Guerre sociale.

La fin de sa vie allait lui être difficile : la tuberculose, l’absinthe, la privation (l’approche de la guerre qui favorisait les chansonniers cocardiers au détriment des anarchistes). Il mourut vingt-quatre heures après avoir été conduit à l’hôpital Lariboisière.

Il est inhumé au cimetière de Meung-sur-Loire.

Les poèmes de Gaston Couté ont depuis régulièrement été mis à l’honneur : disques et spectacles (Gérard Pierron et Marc Robine, Bernard Meulien, Claude Antonini, Compagnie Grizzli, Compagnie Philibert Tambour, Le P’tit Crème, Hélène Maurice, Imbu, etc.) et quelques interprètes de marque : (Édith Piaf, Monique Morelli, Marc Ogeret, Gabriel Yacoub, Bernard Lavilliers, La Tordue)ou encore Loïc Lantoine, rééditions, sites web… Certains groupes de musique contemporaine (rap, électro, techno) et hip-hopjazzkor, et les 1871 ont aussi repris son répertoire…

(Wikipedia)

Ecoutez- les dire ou chanter les textes de Gaston Couté en cliquant sur le dessin :

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 La tordue
SUR LE PRESSOIR
Texte: Gaston Couté

Sous les étoiles de septembre
Notre cour à l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien;
Grisé par l »odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir étrange
Né du souvenir des païens.

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie!

Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales
O ma bacchante roulons nous
J’aurais l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Écraseront les raisins doux

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie!

Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux;
Et le vin nouveau de l’Automne
Ruissellera jusqu’en la tonne,
D’autant plus qu’on s’aimera mieux!

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie!

Au petit jour dans la cour close
Nous boirons la part de vin rose

Oeuvré de nuit par notre amour;
Et, dans ce cas tu peux m’en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour!

Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Dis faisons cette folie?
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir
Margot, Margot ma jolie!

 

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 Photo Evelyne Jarry, Félix disant « Le Christ en bois », 13 juin 2009

Le Christ en bois

Bon guieu! la sal’commune! … A c’souèr,v
Parsounne a voulu m’ar’cevouér
Pou’ que j’me gîte et que j’me cache
Dans la paille, à couté d’ses vaches,
Et, c’est poure ren qu’ j’ai tiré
L’cordon d’sounnette à ton curé
Et qu’j'ai cougné cheu tes déviotes:
Les cell’s qui berdouill’nt des pat’nôt’es
Pour aller dans ton Paradis…
S’ment pas un quignon d’pain rassis
A m’fourrer en travars d’la goule…
I’s l’gard’nt pour jiter à leu’s poules;
Et, c’est pour çà qu’j'attends v’ni d’main
Au bas d’toué, su’ l’rabôrd du ch’min,
En haut du talus, sous l’vent d’bise, .
Qu’ébranl’ les grands bras d’ta crouéx grise…
Abrrrr! … qu’i’ pinc’ fort el’ salaud!
E j’sens mon nez qui fond en ieau
Et tous mes memb’ers qui guerdillent,
Et mon cul g’lé sous mes penilles;
Mais, tu t’en fous, toué, qu’i’ fass’ frouéd:
T’as l’cul, t’as l’coeur, t’as tout en boués!

Hé l’ Christ! T’entends-t-y mes boyaux
Chanter la chanson des moignieaux
Qui d’mand’nt à picoter queuqu’chose?
Hé l’ Christ! T’entends-t-y que j’te cause
Et qu’j'te dis qu’j'ai-z-eun’ faim d’voleux?
Tell’ment qu’si, par devant nous deux,
I’ passait queuqu’un su’ la route,
Pour un méyion coumm’ pour eun’ croùte,
I’ m’ sembl’ que j’f'rais un mauvais coup! …
Tout ça, c’est ben, mais c’est point tout;
Après, ça s’rait en Cour d’assises
Que j’te r’trouv’rais; et, quoué que j’dise
Les idée’s qu’ça dounne et l’effet
Qu’ça produit d’ pas avouer bouffé,
Les jug’s i’s vourin ren entend’e,
Car c’est des gâs qui sont pas tend’es
Pour les ceuss’ qu’a pas d’ position;
l’s n’me rat’rin pas, les cochons!
Et tu s’rais pus cochon qu’mes juges,
Toué qui m’v'oués vent’ creux et sans r’fuge,
Tu f’rais pas eun’ démarch’ pour moué:
T’as l’vent’, t’as l’coeur, t’as tout en bois!

L’aut’e, el’vrai Christ! el’bon j’teux d’sôrts
Qu’était si bon qu’il en est mort,
M’trouvant guerdillant à c’tte place,
M’aurait dit:  » Couch’ su’ma paillasse! …  »
Et, m’voyant coumm’ça querver d’faim,
l’m'aurait dit:  » Coup’-toué du pain!
Gn’en a du tout frés dans ma huche,
Pendant que j’vas t’tirer eun’cruche
De vin nouvieau à mon poinson;
T’as drouét coumm’ tout l’monde au gueul’ton
Pisque l’souleil fait pour tout l’monde
V’ni du grain d’blé la mouésson blonde
Et la vendange des sâs tortus…  »
Si, condamné, i’ m’avait vu,
Il aurait dit aux jug’s:  » Mes fréres,
Qu’il y fout’ don’ la premier’ pierre
C’ti d’vous qui n’a jamais fauté! …  »
Mais, toué qu’les curés ont planté
Et qui trôn’ cheu les gens d’justice,
T’es ren! …, qu’un mann’ quin au sarvice
Des rich’s qui t’mett’nt au coin d’leu’s biens
Pour fair’ peur aux moignieaux du ch’min
Que j’soumm’s… Et, pour ça, qu’la bis’ grande
T’foute à bas… Christ ed’ contrebande,
Christ ed’l'Eglis! Christ ed’ la Loué,
Qu’as tout, d’partout, qu’as tout en boués! …

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Photo Evelyne Jarry, Félix disant « Le christ en bois« , 13 juin 2009

Le mieux c’est encore de les écouter. Cliquez sur la phoptographie de Gaston Couté pour savourer pleinement ses textes :

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